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R.A.O.U.L. &  R.I.T.A.

Alors alors ? "On the road" à Bordeaux ???...

5 Février 2010 , Rédigé par Raoul et Rita


Hi les gens !

Alors alors ??? "On the road" de Kérouac à Bordeaux, ça s'est passé comment ????

TRES BIEN !
Té, lisez ces deux appréciations:
----
De:

Jean-Pierre Terracol (Directeur du Théâtre l'oeil La Lucarne)


 

01 février 2010


Mon cher Thierry

Merci pour ... le plaisir que tu nous a apporté par ta présence discrète, généreuse, amicale et ton talent exceptionnel au service d'une œuvre pas si facile ...

C'est un travail remarquable que je tiens à souligner, encore plus, car à l'inverse de beaucoup, l'égo ne l'emporte jamais sur le personnage transcendé par le comédien  de chair et de rythmes que tu nous offres ... superbe performance !

Encore bravo et au plaisir de t'accueillir dans notre Lucarne.

Bien sincèrement à toi avec toute mon amitié.

Jean-Pierre Terracol

 

www.theatre-la-lucarne.com

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Jean-Paul Loubes

(Auteur de Je ne suis pas Jack Kérouac, Editions Fédérop, 2009.)

(02/02/2010)

 

« J’ai lu « Sur la route » et cela à changé ma vie, comme celle de tout le monde » avait déclaré Bob Dylan. Il sacralisait ainsi le roman culte d’une génération et les médias installaient Kerouac comme pape de la beat génération. Tout ça fait beaucoup de vocabulaire religieux ? Normal, Jack clamait qu’il était un « mystique catholique aimant sa mère ». Mais voilà, On the road ne révélait pas encore cette dimension cachée. Le tour de force de Thierry Lefever est de parvenir à faire passer deux choses : La première, c’est la course de déments dans un monde de déments qui rythme ce poème incessant (Jack abusait volontiers du mot dément). Ça, c’est ce que beaucoup ont retenu du livre : les dérives hallucinées d’une génération. Thierry Lefever nous fait traverser les Zétats d’Est en Ouest, à cent cinquante à l’heure. Dean Moriarty (Neal Cassady) est au volant et n’arrête son bolide que pour s’effondrer en pleurs. C’est la performance du comédien que de tenir ainsi la route durant une heure et quart. Il nous brutalise sur la banquette arrière de la vielle Ford. Attention… - le camion qui arrive en face, il est pour nous c’est sûr… c’est la fin…mais non, ce fou de Dean donne le bon coup de volant au dernier moment ! Tu vois bien, Dieu est avec nous !

            Parfois la course folle s’arrête. À Denver, ou bien au matin, devant le paysage et le ciel de Salt Lake City. Le ciel ! La poésie du monde surgit alors dans les silences et les gestes du comédien. C’est dans ces moments-là que Thierry Lefever réussit le tour de force de laisser transparaître la seconde dimension du roman, si subtile que beaucoup ne l’avaient pas vue il y a quarante ans. Une respiration cachée, une sensibilité poétique que la suite de la vie de Kerouac révèlera. On y perçoit la pudeur constante d’un homme, volontiers consommateur de chair fraîche, mais qui renâcle à se mettre à poil devant une amie de Dean ! Menteur, voleur, séducteur, jouisseur affamé de femmes et de voitures, Dean Moriarty exerce une fascination sur Jack (Sal Paradise, dans le livre = Sale Paradis ?) Il attise une boulimie de filles, et d’alcool, une consommation de l’Amérique dans laquelle Jack Kerouac sombrera à la fin de sa vie.

            Il faut souligner la difficulté qu’il y avait à choisir dans le roman exubérant les textes retenus pour ce spectacle-poème. Le découpage opérés par le comédien, ses enchaînements avec les mots de Kerouac, là était la gageure. Ne rien perdre et si possible porter plus avant vers le public d’aujourd’hui un des plus grands auteurs contemporains…francophile dans sa vie, francophone dans son enfance. Connivence par-delà le temps, entre Thierry Lefever et Jack Kerouac, lequel écrivait « Le secret de l’écriture est dans le rythme de l’urgence » (Some of the Dharma). La réussite de ce spectacle, c’est exactement cela.

            Cette course effrénée – et je souligne encore la performance du comédien- s’interrompt trois fois, laissant le spectateur—celui qui n’a pas peur de la confrontation avec soi-même - dans une sorte d’intimité avec Jack. Le comédien tourne alors le dos au public et  les notes nasillardes de la guimbarde accompagnent l’émotion.

            Pour qui aime Kerouac, - et j’en suis- , la rencontre d’un comédien qui l’honore autant par le cœur que par le professionnalisme est un moment fort. Il faut souhaiter que Thierry Lefever persiste : Kerouac n’était pas seulement sur la route, il était aussi sur la Voie. J’y vois des épisodes à venir.

 

Jean-Paul Loubes

 

 

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